Réflexion sur le patriotisme

Je lis en ce moment un recueil de textes et articles de la revue « Inflexions – civils et militaires : pouvoir dire » intitulé « Le patriotisme ». (Il est en lecture libre sur ce lien).

Très riche d’un point de vue historique, philosophique et pratique sur un thème encore difficile à aborder sereinement.

J’aime bien l’extrait suivant (issu de l’article « La face sombre du patriotisme : le cas Fritz Haber » rédigé par claude Cohen):

C’est aux instituteurs qu’il appartient de créer cet état d’esprit. Jean Jaurès, dans un discours qui peut paraître étonnant, s’adressait à eux ainsi : « Vous tenez en main l’intelligence et l’âme des enfants. Vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à compter. Ils sont Français et doivent connaître la France, son histoire, sa géographie, son corps et son âme. Ils seront citoyens et doivent savoir ce qu’est une démocratie libre : quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. »

Je ne sais pas s’il est encore politiquement correct mais ça me va toujours!

mise à jour du 6/01/2021: je viens de voir cet extrait que j’avais relayé, j’avais peur qu’il soit considéré comme « désuet, anticonformiste, voire extrémiste ». Tout le contraire heureusement (ou malheureusement en fait): suite à l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, l’ensemble des enseignants a été incité à lire le texte complet à leur classe! (cf. lien et relayé sur lumni aussi) (alors que je pense qu’il y a encore quelques années, un enseignant lisant ça aurait été taxé de fasciste)

De même petit extrait de l’article « Jeunesse et patrie, une union libre? » (échanges entre Jean-Xavier Chabane et Serge Toquet)

« Il faut bien comprendre que l’objectif n’est pas de dispenser des cours de patriotisme, car je ne pense pas que celui-ci puisse se décréter. Pour les élèves, il s’agit d’un sentiment, ce qui rejoint d’ailleurs pleinement la définition du mot. Or un sentiment, cela se suscite ou n’arrive jamais. L’école est l’une des composantes qui peut le susciter ou l’atténuer, comme la famille, les lectures, la société environnante, les médias… Nous, les enseignants, nous devons préparer les esprits à la réflexion, mettre les futurs adultes en position d’adhérer ou non, mais en conscience. Je pense que c’est en cela que les programmes abordent finalement peu la notion de patriotisme en elle-même. »

Si on laisse au rôle de « la famille » le soin de traiter le sujet de patriotisme, dans certains endroits, ça deviendrait je pense exclusivement du communautarisme..

Pour finir, petit extrait de l’article de l’antropologue Véronique Nahoum-Grappe: « La préférence pour la haine- quelques réflexions sur les élans collectifs« 

« Dans le cercle de l’identique, les règles d’altruisme et de magnanimité sont perçues comme normales et positives. Mais envers les autres, les pires cruautés pourront être considérées comme sans gravité morale, voire définies comme exploit et performance.

Il est impossible de faire le tour de la bibliographie en sciences sociales qui traite de ce mécanisme que l’on peut appeler « l’effet de frontière » : quel que soit l’argument théorique (langue, couleur de peau, mode de vie…), cet « effet de frontière » produit la normalisation et la valorisation de la violence contre un autrui qui habite de l’autre côté. Il faudrait mettre ensemble ce que les spécialistes refusent comme iconoclaste : les faits de guerre dans les sociétés non occidentales recensés par les ethnologues, les guerres dans les sociétés historiques documentées par les historiens, les affrontements des gangs analysés par les sociologues de la ville depuis l’école de Chicago à la fin du xixe siècle. Sans oublier les conflits entre supporters sportifs au xxe siècle. Et les recherches éthologiques concernant les sociétés animales : les nombreuses observations et les nombreux films réalisés en terrain naturel par l’Institut Jane Goodall (créé en 1973) semblent montrer que l’une des règles en vigueur dans les sociétés hiérarchisées et conflictuelles des chimpanzés soit l’union et la trêve des conflits internes le temps de l’union agonistique contre le groupe étranger qui pénètre dans leur territoire. Ainsi, l’une de nos valeurs les plus sacrées, le patriotisme guerrier, serait en fait lié à un vieux mécanisme phylogénétique ! »

A nous de trouver la frontière au delà de laquelle on pourrait laisser notre haine se déchainer. La frontière « morale » des droits de l’homme me va bien mais peut être trop théorique. La France actuellement est la seule à mon sens capable de fournir cette frontière, en attendant une Europe forte peut être un jour. De plus, notre pays ayant une particularité d’être multiculturel, multiracial et multiconfessionnel, une forme de patriotisme ouvert et éclairé pourrait se développer de manière judicieuse. Le rôle de l’école républicaine semble d’autant plus essentiel. (Quelques réflexions lancées dans mon mémoire en 2015 pour aller plus loin)

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